J’ai construit, avec une IA, une application qui décompose n’importe quelle image en suivant les trajectoires d’un attracteur, une figure née d’équations différentielles. Le mode d’emploi complet est sur la page d’aide, ici je raconte ce que cette décomposition change dans le regard qu’on porte sur une image.
Qu’est-ce qu’un attracteur étrange
Un attracteur étrange est une figure mathématique qui naît d’un système de trois équations différentielles : des formules qui indiquent, à chaque instant, dans quelle direction se déplace un point de l’espace. Répète ce calcul des milliers de fois et les points dessinent une trajectoire qui ne se referme jamais tout à fait sur elle-même, sans jamais non plus partir dans n’importe quelle direction. C’est cette tension entre ordre et imprévisibilité qui a donné son nom à la théorie du chaos, popularisée par l’attracteur de Lorenz et son fameux papillon à deux ailes.
Dans l’application, chaque pixel de ton image devient un point qui suit sa propre trajectoire sur l’un de ces systèmes. Tu peux choisir parmi cinq attracteurs, Aizawa, Thomas, Lorenz, Halvorsen ou Rössler, chacun avec sa dynamique propre. Le détail de chacun est dans la page d’aide, ce qui m’intéresse ici, c’est ce que ce mouvement fait à une image.

Une image qu’on regarde autrement
Une photo, une fois chargée, reste d’abord parfaitement nette. Puis, à mesure que tu avances dans le temps de la simulation, une zone commence à se décoller, pixel par pixel, et chaque pixel garde sa couleur d’origine tout en partant sur sa propre trajectoire. Le résultat n’est ni l’image de départ ni un nuage abstrait, c’est un état intermédiaire où on reconnaît encore le sujet dans les zones intactes, pendant que les zones parties dessinent quelque chose de nouveau.
Ce qui m’a surprise, c’est à quel point cet entre-deux change la lecture d’une image. Un visage, un paysage, un objet familier, on ne le voit plus de la même façon quand une partie de sa matière s’est mise à voler. L’image garde son identité tout en devenant autre chose. C’est cet instant précis, ni la photo de départ ni le nuage final, que l’application permet de figer et d’explorer, en avançant ou reculant dans le temps avec un simple curseur.
Le blanc qui mange les couleurs
Un problème est apparu en travaillant sur de vraies images : dans les zones denses, là où beaucoup de fils du même attracteur se superposent, les couleurs s’écrasaient vers le blanc. La cause est physique, pas un bug : les fils s’affichent en lumière additive, et là où des centaines d’entre eux se croisent, les trois canaux de couleur saturent à leur maximum, ce qui donne du blanc, quelle que soit la couleur d’origine des pixels.
La solution a demandé trois ajustements combinés : baisser l’opacité de chaque fil pour repousser le seuil de saturation, renforcer légèrement la saturation des couleurs pour qu’elles résistent mieux à l’addition, et ajouter un curseur, Intensité des fils, pour doser ce réglage selon chaque image. Aucun pixel n’est perdu dans l’opération, seule la façon dont ils se superposent visuellement change. C’est un bon exemple de contrainte technique qui, une fois résolue, devient un outil créatif : ce curseur permet de choisir entre une image aérée aux couleurs franches et une image dense et lumineuse.
Une usine artistique
Une fois l’image chargée et l’attracteur choisi, chaque instant de la simulation est une composition possible. Le bouton Prendre une photo exporte cet instant en haute définition, 3840 pixels de large, et surtout nomme le fichier avec la recette complète de l’image : l’attracteur utilisé, la position dans le temps, le délai de départ, la taille de la zone initiale, la vitesse de transition, l’intensité des fils, et la graine qui a déterminé la zone de départ (voir la page d’aide pour l’explication de ces éléments).
Le nom du fichier devient ainsi un journal d’exploration complet : il suffit de recopier les valeurs qu’il contient dans l’application, avec la même image d’origine, pour retrouver la composition à l’identique. N’importe qui peut donc reprendre une de mes images, en repartir, et la pousser dans une direction différente.

À toi de tester
L’application est ici : https://knowledge.parcours-performance.com/attracteurs/. La page d’aide, avec le détail de chaque réglage, est ici : https://knowledge.parcours-performance.com/attracteurs-etranges-image-pixel/. Charge une de tes photos, essaie les cinq attracteurs, et si tu obtiens une composition qui te plaît, le nom du fichier exporté suffit à la retrouver, ou à la partager.
Pour aller plus loin
Voir l’article (Coder une petite application avec l’IA, sans rien connaître au code) dans lequel j’explique comment j’ai « vibe codé » cette application.
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