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Les limites cachées des solutions cloud (et pourquoi il faut toujours un plan B local)

par | Août 29, 2026 | Linux & Sécurité | 0 commentaires

| Mis à jour le 29 août 2026

Le cloud donne une impression de capacité illimitée, où il suffirait de lancer une commande pour que tout se transfère sans effort. La réalité est bien différente. Aucune solution n’est parfaite. Voici trois limites rencontrées sur trois services différents (Dropbox, Google Drive, Nextcloud), et la conclusion qui en découle : ne jamais dépendre uniquement du cloud pour tes données importantes.

Cet article fait partie de la série Projets Ubuntu, consacrée à mon Mini PC sous Ubuntu et son infrastructure Docker.

Dropbox : une API très sensible à la concurrence

En migrant plusieurs dizaines de milliers de fichiers Dropbox vers Google Drive avec rclone, le débit s’est effondré à quelques centaines de kilo-octets par seconde, alors que la connexion utilisée tenait sans problème plusieurs centaines de mégabits. La cause : l’API Dropbox tolère très mal un grand nombre de requêtes simultanées sur de nombreux petits fichiers, contrairement à Google Drive qui encaisse ce type de charge sans broncher. La solution qui a fonctionné : synchroniser d’abord Dropbox sur un disque local avec le client de bureau habituel, puis transférer ce disque vers Google Drive avec rclone, sans jamais repasser par l’API Dropbox pour ce volume de fichiers.

Le détail complet de ce diagnostic, les fausses pistes testées, et la méthode par disque local sont dans l’article dédié : Migrer Dropbox vers Google Drive avec rclone.

Google Drive : un quota de requêtes partagé par défaut

Sans configuration particulière, rclone se connecte à Google Drive avec un identifiant d’application qui lui est propre, partagé par tous les utilisateurs de rclone dans le monde qui n’ont pas configuré leurs propres identifiants. Le quota de requêtes par minute de cet identifiant partagé peut donc être atteint à cause de l’usage d’autres personnes, totalement indépendamment du volume que tu transfères toi-même. Ça se traduit par une erreur de ce type, sans rapport apparent avec ce que tu es en train de faire :

RATE_LIMIT_EXCEEDED

La solution : créer son propre projet Google Cloud, avec ses propres identifiants OAuth, pour disposer d’un quota qui n’appartient qu’à toi et non plus partagé avec le reste du monde. La démarche complète (création du projet, activation de l’API, génération des identifiants, reconfiguration de rclone) fait l’objet d’un article dédié, à paraître.

Nextcloud : une limite structurelle sur les gros fichiers via WebDAV

Cette troisième limite est la plus difficile à diagnostiquer, parce qu’elle ne vient ni d’un quota, ni d’une mauvaise configuration, mais d’un bug connu et documenté du protocole utilisé.

Le contexte : transférer un export Google Photos (Google Takeout) depuis Google Drive vers un espace Nextcloud, avec des fichiers ZIP d’environ 2 Go chacun. Commande de départ :

bash

rclone copyto gdrive:Google-photo/takeout-partie-1.zip nextcloud:Google-photo/takeout-partie-1.zip --progress -vv

Après plusieurs minutes de transfert, ce type d’erreur apparaît dans le journal :

DEBUG : pacer: low level retry 1/1 (error 503 Service Unavailable)
DEBUG : pacer: low level retry 1/1 (error "/SAUVEGARDES/Google-photo/takeout-partie-1.zip.upload.part" is locked: OCA\DAV\Connector\Sabre\Exception\FileLocked: 423 Locked)

Le fichier temporaire créé par Nextcloud pendant l’envoi (.upload.part) reste verrouillé, rclone considère alors le transfert comme échoué et redémarre l’envoi du fichier entier depuis zéro. Résultat : plus d’une heure passée à recommencer plusieurs fois le même fichier de 2 Go, sans jamais aboutir.

Deux pistes ont été testées avant de trouver la vraie cause :

  • Mettre à jour rclone vers une version récente, pour bénéficier du découpage automatique des gros fichiers en petits blocs (chunking) lors de l’envoi vers Nextcloud, une fonctionnalité absente des versions plus anciennes
  • Ajuster la taille de ces blocs avec l’option --webdav-nextcloud-chunk-size, en restant sous la limite d’upload fixée par l’hébergeur (visible dans les paramètres PHP, « Taille maximum d’un fichier pour l’envoi »)

Aucune des deux n’a résolu le problème de fond : même avec une version récente et des blocs correctement dimensionnés, le même verrou 423 Locked est réapparu lors de l’assemblage final des blocs côté serveur. En creusant du côté des tickets techniques du projet rclone, la cause est confirmée par les développeurs eux-mêmes : il n’existe aucun moyen fiable de vérifier si cet assemblage, effectué côté serveur Nextcloud, est encore en cours ou a échoué. Si l’assemblage prend un peu de temps, ce qui est normal pour un gros fichier, rclone peut l’interpréter comme un échec et relancer tout l’envoi. C’est un problème ouvert depuis plusieurs années, qui touche spécifiquement les gros fichiers envoyés à un serveur Nextcloud via le protocole WebDAV.

Autrement dit : ni une mauvaise configuration, ni une version obsolète, mais une limite structurelle qui touche cette combinaison précise d’outil et de protocole, pour ce type de fichier volumineux. La règle qui en découle : garder les fichiers sous 500 Mo à 1 Go pour un envoi vers Nextcloud, avec --transfers 1, et désactiver le découpage en blocs quand le fichier tient dans la limite d’upload de l’hébergeur. Pour les fichiers plus gros, comme un export Google Takeout, une autre méthode est nécessaire, elle fait l’objet d’un article dédié.

La conclusion commune : le cloud ne remplace jamais une sauvegarde locale

Ces trois limites n’ont techniquement rien en commun : une API sensible à la charge, un quota partagé par défaut, un bug de verrouillage sur un protocole de transfert. Mais elles partagent le même enseignement : aucune automatisation cloud à cloud n’est garantie de bout en bout. Un transfert peut caler à mi-chemin, pour une raison qui n’a parfois rien à voir avec la taille des données ou la qualité de la connexion.

C’est pour ça qu’une copie locale, sur un disque que tu maîtrises entièrement, reste indispensable en complément de toute sauvegarde cloud. Pas comme solution de confort, mais comme filet de sécurité pour le jour où un transfert automatisé n’ira pas au bout, ou pour le jour où il faudra tout simplement sortir d’un service cloud, avec ou sans sa coopération.

Pour aller plus loin

Cet article fait partie de la série Projets Ubuntu. Voir aussi l’article Migrer Dropbox vers Google Drive avec rclone pour le détail de la limite Dropbox évoquée plus haut.
Tu trouveras peut-être intéressant aussi de lire l’article Sauvegarder sa bibliothèque Google Photos avec Google Takeout.

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